Bienvenue sur Dandelion

Bienvenue sur Dandelion

Le blog estampillé Littérature 2.0

Chroniques littéraires et observateur de la dématérialisation du Livre

dimanche 6 octobre 2013

C'est du lourd d'Abd Al Malik

Comme vous l'avez sans doute compris, si vous êtes un habitué, Dandelion apprécie ce nouveau genre littéraire venu des Etats-Unis, descendant de la poésie, que l'on appelle le slam. Son premier chef de file musical, Grand Corps Malade a d'ailleurs déjà eu deux fois les honneurs du blog avec son texte 4 Saisons et surtout son récit Patients.

C'est un autre représentant de cet art (car s'en est bien un, pas de doute) que je veux mettre en lumière aujourd'hui, sans doute moins poète que son acolyte et surement plus prêcheur, je veux parler d'Abd Al Malik.

http://blowawaydandelion.blogspot.fr/

Ce slameur, d'origine congolaise, passé initialement par le rap et le hip hop, ayant vécu la majeure partie de son enfance dans une cité HLM de Strasbourg, a suivi des études de philosophie (jusqu'à la licence qu'il n'achèvera pas) où ils découvre Épictète, Rimbaud, Deleuze, Sartre, Camus, Césaire ou Sénèque qui se retrouveront ça et là dans des textes aux thèmes "sérieux" (délinquance, problème d'intégration, racisme, communautarisme, pauvreté...) où il prône notamment le "vivre ensemble".

J'ai eu les pires difficulté à choisir un texte qui synthétiserait un tant soit peu son oeuvre. C'est finalement C'est du lourd qui sera mis en lumière dans ce post. Un texte mêlant des thèmes comme la pauvreté, l'écueil de l'argent facile, le racisme et son thème de prédilection, le "vivre ensemble". Un texte qui peut se lire comme une véritable nouvelle, en tout cas bien plus prolixe q'un texte de chanson classique.

C'est Du Lourd

Je m'souviens , maman qui nous a élevés toute seule, nous réveillait pour l'école quand on était gamins, elle écoutait la radio en beurrant notre pain, et puis après elle allait au travail dans le froid, la nuit, ça c'est du lourd.
Ou le père de Majid qui a travaillé toutes ces années de ses mains, dehors, qu'il neige, qu'il vente, qu'il fasse soleil, sans jamais se plaindre, ça c'est du lourd.
Et puis t'as tous ces gens qui sont venus en France parce qu'ils avaient un rêve et même si leur quotidien après il a plus ressemblé à un cauchemar, ils ont toujours su rester dignes , ils n'ont jamais basculé dans le ressentiment, ça c'est du lourd , c'est violent.
Et puis t'as tous les autres qui se lèvent comme ça, tard dans la journée, qui se grattent les bourses, je parle des deux, celles qui font référence aux thunes, du genre "la fin justifie les moyens" et celles qui font référence aux filles, celles avec lesquelles ils essaient de voir si y'a moyen, ça c'est pas du lourd .
Les mecs qui jouent les choses zerma devant les blocs deal, un peu de coke, de temps en temps un peu de ke-cra (crack) et disent « je connais la vie moi monsieur ! », alors qu'ils connaissent rien, ça c'est pas du lourd.
Moi je pense à celui qui se bat pour faire le bien, qu'a mis sa meuf enceinte, qui lui dit j't'aime, je vais assumer, c'est rien, c'est bien, qui va taffer des fois même pour un salaire de misère, mais le loyer qu'il va payer, la bouffe qu'il va ramener à la baraque, frère, ça sera avec de l'argent honnête, avec de l'argent propre, ça c'est du lourd.
Je pense aussi à ces filles qu'on a regardé de travers parce qu'elles venaient de cités, qu'ont montré à coup de ténacité, de force, d'intelligence, d'indépendance, qu'elles pouvaient faire quelque chose de leur vie, qu'elles pouvaient faire ce qu'elles voulaient de leur vie, ça c'est du lourd.
Mais t'as le bourgeois aussi, genre emprunté, mais attention je n'généralise pas, je dis pas que tous les bourgeois sont condescendants, paternalistes ou totalement imbus de leur personne, je veux juste dire qu'il y a des gens qui comprennent pas, qui croient qu'être français c'est une religion, une couleur de peau, ou l'épaisseur d'un portefeuille en croco, ça c'est bête , c'est pas du lourd , c'est...
La France elle est belle, tu le sais en vrai, la France on l'aime, y'a qu'à voir quand on retourne au bled, la France elle est belle, regarde tous ces beaux visages qui s'entremêlent.
Et quand t'insultes ce pays, quand t'insultes ton pays, en fait tu t'insultes toi-même, il faut qu'on se lève, faut qu'on se batte dans l'ensemble, rien à faire de ces mecs qui disent "vous jouez un rôle ou vous rêvez", ces haineux qui disent "vous allez vous réveiller", parce que si on est arrivé, si on est arrivé à faire front avec nos différences, sous une seule bannière, comme un seul peuple, comme un seul homme, ils diront quoi tous ?
C'est du lourd, du lourd, un truc de malade…

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire