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Le blog estampillé Littérature 2.0

Chroniques littéraires et observateur de la dématérialisation du Livre

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lundi 8 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014: L'Audience d'Oriane Jeancourt Galignani

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En recevant, dans mon colis de la rentrée littéraire envoyé par Decitre, les épreuves du nouveau roman d'Oriane Jeancourt Galignani, L'audience je l'avais très vite estampillé comme l'un des probables buzz de septembre. Si sa sortie semble se faire beaucoup plus discrète que je ne l'avais présagé, gageons qu'il ressortira du lot dès que la digestion de ces nombreuses publications (607 romans) sera effective.

C'est qu'à l'instar de celui publié par Leila Slimani Dans le jardin de l'Ogre (voir la vidéo de l'auteure dans les liens à la fin de ce billet), le thème abordé dans le second roman d'Oriane Jeancourt Galignani, l'addiction sexuelle, est particulièrement sulfureux.

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Résumé de l'éditeur :

Dans une petite ville du Texas, une jeune enseignante, mère de trois enfants, attend en silence le verdict de son procès.
Qu’a-t-elle fait pour être traînée en justice, et risquer cinq ans de prison ferme ?
Elle a entretenu des rapports sexuels avec quatre de ses élèves, tous majeurs. Un crime passible d’emprisonnement au Texas, depuis 2003.
Mais pourquoi l’accusée, Deborah Aunus, s’obstine-t-elle à se taire ? Pourquoi son mari, combattant en Afghanistan, se montre-t-il si compréhensif ? Pourquoi les déclarations de sa mère l’accablent-elles ?

Au fil d’un récit implacable, écrit d’une pointe sèche et précise, Oriane Jeancourt Galignani tient le journal de cet ahurissant procès où la vie privée d’une femme est livrée en pâture à la vindicte populaire, et sa liberté sexuelle pointée comme l’ennemie d’une société ultra puritaine. Construit à partir d’un fait divers qui a bouleversé l’Amérique, ce huis-clos haletant donne lieu à un roman aussi cru que dérangeant.

***
Après un premier roman (Mourir est un art, comme tout le reste) consacré à la poétesse américaine et grand symbole féministe Sylvia Plath, Oriane Jeancourt Galignani poursuit son cheminement en s'emparant de ce fait divers survenu au Texas et qui donna lieu à la condamnation pour 5 ans de prison de Brittni Colleps, une jeune professeur accusée d'avoir entretenu des relations sexuelles avec plusieurs de ses élèves pourtant consentants et majeurs. Mais les rapports avec l'affaire originelle s’arrête là puisque Oriane Jeancourt Galignani, au contraire d'effectuer une retranscription journalistique minutieuse, a préféré s'en détacher, ne cherchant pas à interroger Brittni Coleps ou les membres de sa famille pour rentrer dans une vrai démarche romanesque. Ainsi, Brittni Coleps devient Déborah Aunus.

D'une écriture au couteau, froide, plus explicative qu'analytique mais sans épargner aucuns détails en multipliant les scènes plus crues les unes que les autres au fur et à mesure que Déborah Aunus déborde toutes les limites d'un jeu sexuel qui va la perdre, Oriane Jeancourt Galignani si l'on on comprend très vite dans quel camp elle se place (de ceux qui ont dénoncé l'aberration de cette justice américaine prompt à envoyer une femme en prison en raison de ses choix sexuels contre ces hommes et femmes, instigatrice de la loi, procureure à l'affût de l'Affaire, jurés sous couvert d'ultra-puritanisme, juge pourtant corrompu par ses désirs, qui l'ont permise) ne juge jamais et laisse seul  au lecteur de choisir où se trouve la véritable obscénité. 
Oriane Jeancourt Galignani aurait fait une bien mauvaise avocate tant il est tentant de condamner cette professeure totalement pommée et son jusque boutisme charnel portant son désir au dessus de tout, sans effort d'explication ou tentative d'absolution. Mais elle est un écrivain de talent et dénombre avec habileté ces incongruités, ces petits rouages d'un moteur judiciaire qui, s'ils se mettent tous en branle peut envoyer en prison, dans une nation pourtant porte parole de la liberté, un individu pour ses préférences sexuelles.  
AL
"Difficile de comprendre ce qui les attire chez ces filles à qui elle n'est jamais parvenue à ressembler, ces filles qui s'octroient le luxe d'ignorer le désir qu'elles suscitent, comme s'il y avait une vie hors de hommes."
Liens:
http://www.transfuge.fr/interview-l-audience-oriane-jeancourt-galignani,236.html






7ème Edition du festival America de Vincennes

Se déroule ce weekend (11 au 14 septembre) à Vincennes, le 7ème festival consacré aux littératures et cultures d'Amérique du Nord. L'occasion de pouvoir y rencontrer parmi de nombreux auteurs français, haïtiens, canadiens et américains, deux auteurs dont les romans se sont particulièrement remarqués en cette rentrée littéraire : Nickolas Butler (Retour à Little Wing) et Philipp Meyer (Le Fils).

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D’AMÉRIQUE ET DE FRANCE

Longtemps la France a rêvé d’Amérique, et ce depuis les premiers voyages de Jacques Cartier dans les années 1530, jusqu’à donner naissance à cette Nouvelle-France qui, à la fin du XVIIe siècle, s’étendait d’un bout à l’autre du continent, d’est en ouest et du nord au sud, de la côte Atlantique aux Grandes Plaines, des rivages de Louisiane à l’immensité  des forêts canadiennes.

On oublie souvent combien la présence française a joué un rôle majeur dans le développement de l’Amérique telle que nous la connaissons aujourd’hui. Qu’ils aient été commerçants, militaires, missionnaires, trappeurs ou coureurs des bois, les Français ont exploré le continent, dessiné des cartes, fondé des villes, fait du négoce avec les tribus indiennes, baptisé rivières, lacs et montagnes... L’aventure s’est achevée en 1763 avec la perte du Canada puis en 1803 avec la cession de la Louisiane aux Etats-Unis mais, par leur présence, les Français ont donné naissance à une culture riche et plurielle, toujours vibrante, celle de l’Amérique francophone.

C’est cette Amérique que nous avons choisi de mettre à l’honneur en invitant écrivains et artistes venus du Québec, d’Haïti, d’Acadie, de Louisiane, du Manitoba et de la Saskatchewan. Car en plus d’une histoire et d’une culture, nous avons une langue en partage. Aussi avons-nous souhaité la présence d’écrivains français dans les débats et rencontres. Ils ont été nombreux à accepter notre invitation et nous les en remercions.

Nous sommes également heureux de pouvoir, une fois encore, célébrer la richesse et la diversité des littératures anglophones en accueillant des auteurs venus du Canada et des Etats-Unis. Deux pays auxquels les Français sont attachés, deux cultures avec lesquelles perdure cette relation entamée il y a plusieurs siècles.

Grâce à ces auteurs et à leurs lecteurs mais aussi aux éditeurs, traducteurs, journalistes, libraires et bibliothécaires rassemblés à Vincennes pendant quelques jours, cette septième édition d’America s’annonce exceptionnelle et nous souhaitons, une fois encore, que le livre et la littérature soient fêtés comme il se doit.

Francis Geffard et Pascal Thuot


vendredi 5 septembre 2014

Rentrée Littéraire: Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli

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Faire partie de l'aventure de la rentrée littéraire implique, au-delà de pouvoir faire de magnifiques découvertes (Retour à Little Wing de Nickolas Butler, Le bonheur national brut de François Roux), de se retrouver avec entre les mains des livres qui n'auraient eu aucune chance de s'y trouver en temps normal. C'est le cas pour ma part d'Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli, spécialiste de la langue corse qui, après plusieurs ouvrages écrits en langue corse dont le remarqué Murtoriu publié en 2009 et traduit par son ami Jérôme Ferrari en 2012 sous le tire Ballade des innocents, a rédigé ce dernier roman directement en français.

M'apparaissant d'un premier abord comme un OVNI littéraire, Orphelins de Dieu n'est finalement qu'une transposition du mythe du western dans la campagne corse de la fin 19ème siècle. Un histoire de vengeance. Celle de Vénérande une jeune fille vivant recluse avec son frère au milieu de la garrigue, qui pour assouvir sa soif de vendetta convainc Ange Colomba alias L'Infernu, ancien aventurier-mercenaire louant désormais ses services comme tueur à gages. Aussi téméraire que persuasive, Vénérande lui fait épouser sa cause et tous deux partent dans une traque sanguinaire à la poursuite des trois frères Santa Lucia, qui après avoir dérobé les porcs de la famille, ont sauvagement mutilé Charles-Marie ce frère, témoin du méfait, en le défigurant et lui tranchant la langue afin qu'il ne puisse les dénoncer.
C'est alors qu'au grès de leur chevauchée, Ange, à l'orée de sa vie, s'épanche et, dans un habile procédé narratif où, au milieu de leur progression, s’entremêlent en flash-back, les épisodes les plus marquants de son existence passée, de sa jeunesse à la décision fondatrice de refuser la circonscription bonapartiste, menant ensuite au milieu d'une bande de mercenaires les guerillas d'indépendance en Corse, en Italie et jusqu'en Grèce où la frontière entre patriotisme et brigandage est souvent bafouée. 

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D'une écriture transpirant son amour pour la Corse et d'où le lyrisme le dispute à la rudesse et la à plus grande cruauté, évitant par bonheur les longueurs, écueils dans le lesquels il aurait été si facile de tomber, Marc Biancarelli nous emporte dans cette quête épique jusqu'au face à face à final, digne -oui c'est bien cela- des plus grands westerns hollywoodiens.

Tiens, je me ferai bien un petit Sergio Leone moi ce soir...      

AL

Morceaux choisis:

"- Laisse tomber. Je pense que tu es complètement folle. Comme les folles sont plus ou moins sacrées, je t'épargne. Et je te violerai une autre foi. De toute façon, avec tes obsessions homicides, ça m'étonnerait que tu perdes ton temps à me balancer. Maintenant laisse moi partir.
- Mes quoi?
- Tu te feras expliquer ça par quelqu'un d'autre. En plus tu es ignorante. Sans compter que tu n'es pas jolie, mais le plus gros défaut c'est quand même ton ignorance."

 "Dans sa jeunesse, Ange Colomba avait donc fait couler beaucoup de sang, et parfois, aussi, coupé des têtes. Lorsque cela s'était avéré judicieux,, ou qu'il l'avait imaginé de la sorte. Evoquer son nom, c'était évoquer un diable en action, c'était appeler sur soi le mal absolu. Alors ainsi l'appelait-on L'Infernu, l'Enfer, et ce triste anthroponymie avait depuis bien longtemps enfoui dans la plus grande insignifiance sa véritable identité. Sans doute dans une autre vie, avait-il été l'un des plus jeunes contumaces à accompagner les bandes funestes qui avaient désolé le pays, mais le temps des rébellions était passé, et comme nombre de rebelles qui se retrouvent sans solde un beau matin, L'Infernu n'avait dû qu'à sa reconversion comme tueurs à gages de pouvoir encore alimenter les abjectes et innombrables chroniques funéraires."

"Faustin hurla comme une bête lorsqu'il vit le couteau, puis encore plus fort lorsqu'il sent qu'on lui rabotait les oreilles. Mais étonnamment la douleur était moins grande que la peur. L'Infernu avait agi vite, de manière cruelle, certes, mais somme toute assez généreuse, sans s'attarder sur la découpe, tranchant dans le vif plutôt que cisaillant, et de plus il avait une bonne lame, affûté à merveille, pas un outil qui accroche, ou une ripe, et à ce moment-là c'était appréciable. Le sang chaud coulait maintenant des deux côtés de la tête de Faustin le Rat, et il ne criait plus, parce que l'Infernu lui écrasait la bouche d'une main, et lui visait l’œil avec la pointe du couteau de l'autre."



dimanche 31 août 2014

L'édito de la rentrée : l'heure est au changement !

L'heure de la rentrée est arrivée, c'est donc le moment des bonnes résolutions. A l'instar de quelques uns de mes collègues blogueurs (http://www.livredelire.com/), j'ai décidé de quelques changements pou Dandelion.

Tout d'abord, n'ayant pas (encore) pris le pas de migrer le blog sur wordpress ou autre, le design et l'organisation de Dandelion vont tout de même sensiblement changer. Nouveaux visuels, catégories repensées, les prochaines semaines feront l'objet de différentes modifications avec un credo: encore plus de littérature.
Alors qu'à la naissance de Dandelion, j'avais pris le parti de parler autant d'adaptations littéraires que de pure littérature, le temps me manquant et bien plus motivé à l'idée de parler encore plus de livres m'ont contraint à mettre cette rubrique en second plan sans pour autant l'abandonner totalement. Ainsi, quelques billets (moins réguliers) devraient encore l'agrémenter à l'avenir. En revanche chaque semaine fera l'objet d'au moins une critique livre pour laisser la part belle à une activité (la lecture) en pleine évolution et dont la rubrique Littérature 2.0 consacrée notamment au phénomène de la dématérialisation du livre et aux bouleversements que ce phénomène engendre continuera d'en être le témoin.

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  Comme certains l'ont déjà constaté et grâce au groupe Decitre et à son formidable réseau social Entrée Livre d'ailleurs en pleine révolution et qui ont fait de Dandelion un de leur blog ambassadeur dans le cadre de l'opération Coups de cœur des lecteurs VIP de la rentrée littéraire 2014, mon été a été consacré à dénicher les pépites de cette nouvelle rentrée qui voit plus de 600 romans édités. Parmi eux, deux se sont pour ma part déjà fortement démarqués : Le bonheur national brut de François Roux et Retour à Little Wing de Nickolas Butler.

Bonne(s) lecture(s) !

AL

Rentrée littéraire: Retour à Little Wing de Nickolas Butler

Pour se mettre dans l'ambiance:



Grand amateur de littérature d'outre-atlantique mais plutôt des proses urbaines que de celles des grands espaces, j'angoissais un peu à l'idée de me jeter dans la lecture de Retour à Little Wing de Nickolas Butler estampillé ode au Wisconsin dont le nom de cet état du nord provient du mot indien Chippewa "Ouisconsin" qui signifierait "lieu où il y a de l'herbe". Merci wikipedia. Enfin ça c'est en été puisque cet état, assujetti aux Grands Lacs nord-américains, est recouvert par le gel et la neige une bonne partie des saisons froides. "Lieu ou il a de la neige" devait moins bien sonner en Chippewa. C'est peut être également par le choix de la couverture choisi par les Editions Autrement, vous l’avouerez, beaucoup plus métaphorique que celle de l'édition américaine qui fait vraiment référence à son contenu.

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Il ne m'aura fallu que quelques pages, pour qu'angoisse et retenue ne volent en éclat tant l'art de Nickolas Butler de vous faire aimer ses personnages s'y imposent derechef. Hank, un éleveur de vaches laitières, Kip un ex-trader de retour de Chigago, Ronnie ancienne gloire locale du rodéo, victime d'un coma éthylique aux séquelles neurologiques irréversibles et Lee devenu star internationale du Rock and Rool et avatar du chanteur Justin Vernon chanteur du groupe Bon Iver, ami d'enfance de Nickolas Butler. Tous ont un indéfectible attachement à la ville qui les a vu grandir, Little Wing. Même Kip et Lee qui l'ont quittée, ne sont parvenus à s'en détacher. 

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Ode à l'amour ; amour pour sa région du Wisconsin et pour ses personnages envers leur ville de Little Wing, invention de l'auteur en référence à la célèbre reprise de Jimi Hendrix par Stevie Ray Vaughan que vous êtes en train d'écouter, guitariste de génie lui aussi originaire du Wisconsin ; amour pour une femme Beth qui après Little Wing est le second élément cimentant de leur attachement si particulier à une région hostile à beaucoup d'Américains, trou du cul d'un pays où ne vivent plus que des Cul terreux de plus en plus pauvres à nourrir leurs bouches.
Oui c'est l'autre talent de Nickolas Butler, nous faire aimer son Amérique au détriment de celle qui nous faisait rêver, celle des grandes métropoles. Celle aussi de gens simples des Etats méconnus, vide de ce que l'Amérique sait offrir de plus clinquant mais empli d'attachement aux plaisirs simples et aux bienfaits d'une nature encore préservée.

Avec un choix narratif d'une jubilatoire originalité, Nickolas Butler donnant tour à tour la parole aux quatre amis et à Beth épouse de Hank, Retour à Little Wing se veut aussi un véritable essai sur les fondements des liens inaltérables qui peuvent unir quatre amis d'enfance si différents les uns des autres ainsi que le danger pour celle-ci de devoir se mesurer au sentiment amoureux. 

Quel livre !

Morceaux choisis:

"C'est à cause de nous qu'il y a autant de cerfs. Ce n'est pas leur faute. C'est peut être nous qui sommes trop nombreux : trop de voitures, trop grosse consommation de maïs, trop de constructions, empiétant sur les territoires des loups et des coyotes. J'adore les cerfs."

"Laisse la porte ouverte dans une grande ville et tu te réveilles à poil, sans un meuble. Laisse la porte ouverte ici et un coyote vient te demander l'aumône."  

"Puis la ville entière les a entourés en formant une ronde gigantesque où tout le monde frappait des mains, poussait des encouragements et s'embrassait pour ces jeunes époux improbables. Le genre d'enthousiasme débridé qui se forme dans une communauté ensevelie sous la neige et privée de soleil de fin novembre à Pâques."

"Pour moi, c'est ça l'Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans une détresse telle qu'on ne penserait jamais qu'elle tolère la musique, la nourriture ou l'énergie de danser.On peut bien dire que je me trompe, que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoiste, mais je n'y crois pas. Je refuse d'y croire."

AL

Liens:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Wisconsin

mercredi 20 août 2014

Rentrée littéraire 2014: Jusqu'ici et pas au-delà de Joachim Meyerhoff

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Joachim Meyerhoff est un parfait inconnu en France. Acteur célèbre en Allemagne il s'était lancé avec succès en 2009 dans une série de one-man-shows autobiographiques "Tous les morts volent haut" comportant 6 pièces et dans lesquelles il mettait en scène sa propre vie. Joachim Meyerhoff a passé une partie de son enfance dans les murs d'un asile psychiatrique dont son père était le directeur.

Fort de ce succès, ainsi que d'un premier roman Alle Toten fliegen hoch: America ayant reçu le prix Franz-Tumler, il décide de mettre dans un roman la matière utilisée dans ces pièces : Jusqu'ici et pas au-delà.

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Dès les premières lignes, on le comprend, Joachim n'est pas un enfant comme les autres. Pas qu'il soit fou comme le sont les pensionnaires de l'asile dans lequel il vit et dont son père est le directeur. Non, car même si ce foyer côtoie la démence, elle n'interfère pas, grâce à une mère dévouée et un père bienveillant. Mais Joachim au coté de deux frères charismatiques doit s'employer pour se faire remarquer et entrevoir la fierté de son père. Frustrations mal placées, accès de colère décalés et fierté incongrue à la découverte d'un mort dans le jardin ouvrier sur le chemin de l'école, oui Joachim est un enfant différent.

Ainsi, dans cette succession de chroniques sur les événements marquants de son enfance, les rapports qu'il entretient avec les patients de l’hôpital et dont certains sont même invités à leur table par le père, Joachim Meyerhoff tisse une oeuvre pleine de sensibilité où l'image du père qu'il idolâtre rayonne et dont la douceur dénote avec la présupposé gravité du quotidien à l'intérieur d'un asile d'aliénés.
Habile dans ses descriptions, à l'opposé du pathos et où l'humour est souvent convoqué (la scène du repas ou trois pensionnaires sont invitées à la table de la famille pour les quarante an du père est tout bonnement hilarante), Joachim Meyerhoff  débite au fil des pages une tendre comédie où son art de la distanciation donne au tout une atmosphère d'étrangeté à la fois touchante et réjouissante qui n'est pas sans rappeler Yann Quéffelec et Les Noces barbares, le tragique en moins. 

Devenu adulte, ayant quitté ce quotidien, un événement tragique le contraint un jour au retour. Et c'est avec une douce mélancolie que Joachim revient sur ce lieu fondateur, marchant dans les pas de ce petit garçon original qui est devenu un homme non moins original.

AL

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Rentrée littéraire 2014: Le bonheur national brut de François Roux

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Le bonheur national brut. Le titre peut rebuter, alors que l'on pourrait s'attendre à un énième essai economico-politique. Pourtant, l'on s'en rend très vite compte, il n'en est rien. Le bonheur national brut est un véritable roman, un majestueux roman. Dès les premières lignes, nous sommes happés par le destin de ces quatre amis bretons (Paul, Rodolphe, Benoît et Tanguy) qui prennent connaissance de leurs résultats au Baccalauréat alors que François Mitterrand vient d'être élu président de la République, nourrissant autant de crainte que d'espoir. Ils font les premiers choix cruciaux, posent à tâtons ou arrogance et certitude les jalons constitutifs de leur futures vies d'adultes. Ils s'éveillent à la sexualité et comprennent leur goût et leur singularité. Politique, monde de l'Entreprise, photographie, comédie, ils vont emprunter des voies bien différentes pour un objectif commun : réussir leur vie.

Et alors que cette phase d'apprentissage s'achève le 19 juin 1984, à l'aube d'un futur qui se promet radieux, tout ne semble plus si évident en 2009 alors que la gauche s’apprête à reprendre les reines du pays.
Tous, sauf peut-être Paul, le saltimbanque, n'auront plus jamais à se soucier d'argent, comblés professionnellement parfois au-delà de leur espérance. Mais y en a-t-il un seul qui puisse dire sans sourciller: oui, je suis pleinement heureux ?

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En nous contant cette attendrissante histoire d'amitié, François Roux entre en littérature d'une manière magistrale. Assujetti à une écriture précise et talentueuse, fort d'une capacité d'analyse de l'âme humaine époustouflante, convoquant l'histoire, son premier roman réussi une magistrale chronique sociétale de la France des 30 dernières années à la conclusion éminemment philosophique.

Morceaux choisis:

"Il mourut trois jours plus tard, exactement le jour des vingt ans de son petit-fils. Benoît ne put s'empêcher de penser que son grand-père avait tenu jusque-là pour établir entre eux un trait d'union symbolique. La fin d'une vie d'homme, le début d'une autre vie d'homme."

"Pour la plupart, l'argent n'est pas uniquement destiné - comme Pierre le faisait - à s'enrichir et dépenser ; il sert en premier lieu à réparer un passé flou et à corriger des peurs."

"Et si le bonheur était la plus grosse arnaque de ce siècle ?"

"Depuis 30 ans, nous naviguons à vue, perplexes, indécis, vers un but que ce monde, lui même déboussolé, nous a clairement désigné en le survendant: être heureux malgré tout et -son corollaire- réussir sa vie.".

"Et si le souci d'atteindre le bonheur était précisément la chose qui nous faisait le plus souffrir."

"Ne pas souhaiter atteindre son but est, en la circonstance et de manière paradoxale, la façon la plus judicieuse de s'en approcher."

#CoupdecoeurRentréeLittéraire2014

AL







Liens:

http://www.lepoint.fr/culture/rentree-litteraire-francois-roux-ou-les-desillusions-de-la-generation-tonton-01-08-2014-1850688_3.php

http://www.rentree-litteraire.com/auteur/francois-roux/

vendredi 15 août 2014

Rentrée littéraire 2014: Constellation d'Adrien Bosc

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Comment tenter de sortir du lot lorsque que votre premier roman sort au plus mauvais moment pour vous, soit lors de la prolifique rentrée littéraire de septembre ?
En s'emparant d'un mythe. C'est ce qu'a fait Adrien Bosc ce jeune auteur né en 1986 qui s'est fait connaître en fondant les Éditions du Sous-sol nouvelle maison publiant les mooks (revues littéraires) Feuilleton et la géniale Desports.

Son ouvrage, Constellation fait référence au modèle d'avion lancé par Howard Hugues et dont l'un d'eux, acquis par Air France va tragiquement disparaître au large des Açores en 1949.
Mais si le F-BAZN, le matricule de l'avion d'Air France est passé à la postérité, c'est que ce dernier comptait notamment à son bord le boxeur et champion du monde Marcel Cerdan et la violoniste virtuose Ginette Neveu.

Si Adrien Bosc revient habilement sur les circonstances du crash, sur ces successions de petites erreurs, imprécisions et inattentions qui menèrent à la catastrophe "Un concours infini de causes détermine le plus improbable résultat", son intention est plutôt de redonner vie à ces 48 passagers montés dans l'avion des stars. Mais stars ils ne l'étaient pas tous. Ainsi, à travers l'écriture pleine d'ambition et de poésie d'Adrien Bosc, maître dans l'art de l'énumération, chacun retrouve sa singularité, voit renaître sa légende minuscule et à coté de l'amant-boxeur d'Edith Piaf et de la grande Ginette Neveu, le berger basque, l'inventeur de la montre Mickey, l'héritière bien malgré elle d'un empire ou le journaliste aux dernières nouvelles d'Alsace, tous vont ressuscités au moins le temps de la lecture du roman.

Adrien Bosc explique, redonne vie mais aussi cherche et remarque ces coïncidences, ces concomitances des dates, ces petits hasards objectifs invisibles à nos yeux et pourtant omniprésents qui font au delà de l'une des catastrophes aériennes les plus mythiques de l'histoire de l'aviation un terrain propre à l'exploration littéraire. Et lorsque l'on est un bon explorateur l'on exhume parfois de plaisantes reliques.    

AL

Liens:



- http://www.telerama.fr/medias/le-vrai-faux-filon-des-mooks-revues-en-vogue,87360.php

mercredi 18 juin 2014

Dandelion sélectionné comme lecteur VIP pour la troisième édition du Coup de cœur des lecteurs Entrée Livre 2014

C'est avec une joie non dissimulée que je vous annonce que Dandelion a été choisi comme lecteur VIP pour la troisième édition du Coup de cœur des lecteurs d'Entrée Livre, le site communautaire lancé il y a maintenant plus de 2 ans par le Groupe Decitre, libraire incontournable de la région lyonnaise et troisième site français de vente en ligne de livres.

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Ainsi et le temps d'un été, Dandelion détiendra (parmi un groupe de 20 autres lecteurs émérites) le privilège  habituellement réservé aux professionnels du livre à savoir découvrir en exclusivité et avant leur date de sortie officielle les romans qui animeront la grand-messe de la rentrée littéraire de septembre 2014.

Vous pourrez ainsi découvrir au fur et à mesure de l'été mon avis sur un panaché de romans concocté par les équipes de Decitre dont découlera en septembre le prix Coup de cœur des lecteurs d'Entrée livre 2014, ouvrage ayant fait consensus au sein de ce panel de 20 lecteurs (10 lecteurs numériques et 10 lecteurs papier).

Evidemment, dès que j'aurais reçu le précieux colis (Dandelion a choisi le papier), je ne manquerai pas de vous communiquer le titre des romans et le nom des auteurs qui pour certains trusteront sans doute les Prix littéraires les plus prestigieux de novembre.

A suivre...

Et si vous n'en n'avez jamais entendu parler, voici une petite présentation du site communautaire Entrée Livre:



AL