Bienvenue sur Dandelion

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Le blog estampillé Littérature 2.0

Chroniques littéraires et observateur de la dématérialisation du Livre

mardi 26 novembre 2013

L'extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa de Romain Puértolas

Les jurys des grands prix littéraires ont rendu leurs verdicts, L'invention de nos vies de Karine Tuil n'a donc pas été primé, ni pour le Goncourt remporté par Pierre Lemaître avec Au revoir là-haut ni pour l'Interallié remporté par Nelly Alard et Moment d'un couple. Karine Tuil ne s'est pas non plus vu décerner le Renaudot remporté par Yann Moix et son pavé Naissance. Mais pour ce dernier prix c'est beaucoup moins étonnant puisque L'invention de vies n'avait pas été retenu dans sa liste initiale...

Ce qui pouvait être surprenant c'est d'y trouver un livre à la couverture tapageuse et multicolore, ressemblant plus à un publicité qu'à une reliure, L'Extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa de Romain Puértolas, dont le genre sur lequel il surfe le "feel-good" - c'est à dire cette littérature légère, résolument optimiste et qui tend modestement à redonner le sourire et ainsi à contribuer au bonheur de ses lecteurs - n'est habituellement pas mis en avant par ces différents prix prestigieux.

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Quatrième de couverture:

Un voyage low-cost … dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste. Une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.
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Après M. Le Commandant de Romain Slocombe (2011) et La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert de Joël Dicker (2012), tous deux sélectionnés dans la liste initiale du Goncourt ces deux dernières années, j'avais donc cette année jeté mon dévolu sur L'invention de nos vies de Karine Tuil.

Mais de cette rentrée littéraire 2013, un autre livre m'avait donc interpellé, pourtant clairement aux antipodes des mes lectures habituelles, mais histoire de momentum, j'avais clairement besoin d'une petite lecture récréative qui, morosité ambiante, allait moi aussi, je l’espérais du moins, me redonner le sourire pour aborder sereinement le prochain pavé de ma PAL.

Je dois également avouer que je souhaitais aussi comprendre le pourquoi de ce véritable phénomène de librairie (près de 100 000 exemplaires vendus en France, des traductions prévues dans plus de 35 pays et une adaptation en cours).

Alors ?

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Alors, L'Extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa de Romain Puértolas n'est clairement pas le livre de l'année. Il ne cherche pas à l'être d'ailleurs. Mais après cette parenthèse inattendue dans mon parcours de lecture, je comprends un peu mieux le buzz y afférent. Car à part peut-être le Demain, J'arrête de Gilles Legardinier, le genre de ces ouvrages, dont les succès ne se démentent pas ces derniers mois, était jusqu'alors assez peu testé par les auteurs français. Alors, lorsqu'un français s'y mit enfin, le triomphe était inévitable; la prime au précurseur.

http://blowawaydandelion.blogspot.fr/Dès les premières pages, nous trouvons bien ce que nous étions en droit d'attendre, une histoire brève (253 pages), complètement loufoque (un road trip aux quatre coins de l'Europe et même jusqu'à la Lybie postkadhafiste avec une histoire d'amour et de nombreux rebondissements), avec des personnages originaux (Ajatashatru Lavash le héro du livre, indien et Fakir de profession, venu en France pour acheter un lit à clous, Gustave Palourde un conducteur de taxi Gitan, arnaqué par l'indien et voulant se venger ou encore un clone de Sophie Marceau, Sophie Morceau qui va aider l'indien dans son extraordinaire voyage), pleine d'humour (notamment de nombreux jeux de mots sur les noms des personnages comme pour celui du héro prononcé tantôt  j'attache ta charrue, la vache, achète un chat roux ou j'ai un tas de shorts à trous)  qui n'est pas sans rappeler celle d'Allan Karlsson dans Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire du (suédois) Jonas Jonasson, l'épopée historique en moins mais avec une réflexion sur le statut des clandestins (demande expresse de l'éditeur rajoutée a posteriori au manuscrit initial), compagnons d'infortune d'Ajatasharu et donnant une touche de profondeur au récit.

Romain Puértolas ne cesse de répéter dans ses interviews qu'il a écrit son livre sur son portable, dans le RER, sur le trajet quotidien le menant de son domicile à son lieu de travail.
De quoi attiser encore plus la curiosité et de comprendre qu'un buzz littéraire n'est pas toujours un phénomène surnaturel.

AL

Liens:

- http://www.metronews.fr/culture/romain-puertolas-son-fakir-a-egaye-la-rentree-litteraire/mmkc!gP8vwmEQZvJLk/

- http://www.ledilettante.com/livre-9782842637767.htm

- http://www.lefigaro.fr/livres/2013/10/30/03005-20131030ARTFIG00482-puertolas-revele-les-secrets-de-son-fakir.php


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mercredi 20 novembre 2013

Ligne 4 d'Adrien Lombard

En ce mois de novembre, le slam est à l'honneur. Car même si l'euphorie est un peu retombée depuis 2007 et son avènement aux Victoires de la musique de la même année (relire le billet sur Patients de Grand Corps Malade) la sortie d'un album de l'une de ses têtes de file est toujours un événement. 

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Avec Funambule, Grand Corps Malade sort son 4ème opus et même si celui-ci - c'était déjà sans doute le cas pour le précédent Troisième Temps - a sans doute perdu en puissance (je veux parler des textes, aux thèmes globalement moins graves), il lui permet de se renouveler grâce à des arrangements originaux et des collaborations toujours plus prestigieuses. Mais de cela, j'y reviendrai bientôt.
Plus personnellement, il me rappelle que c'est aussi par cet art que j'ai écrit mes premiers textes personnels dont un pour qui j'ai une affection particulière et que j'ai décidé d'exhumer aujourd'hui. Celui-ci s'appelle Ligne 4.

Je veux t’emmener en balade
Et même si d’un premier abord celle-ci va te paraître un peu fade
Fais-moi confiance et laisse-toi guider dans cette promenade extraordinaire
Qui sans t’entraîner sur des kilomètres ni emprunter la voie des airs
Va pourtant te transporter
Vers de singulières contrées
Car nous allons ensemble revisiter des territoires
Des lieux mythiques, magiques, teintés d’histoire
Et pour ce faire pas besoin de te ruiner
Car le vecteur de ce voyage un peu particulier
N’est autre que ce transporteur souterrain
Des profondeurs de la ville ou plutôt de ces viscères
Ce ver vert et blanc de fer et de verre
Qu’à l’origine on appelait le Métropolitain
Et plus précisément de cette ligne que je connais si bien
Devenue le compagnon de mon quotidien
Alors prépare toi, saisis ces mots quatre à quatre
Et traverse avec moi cette ligne du métro de Paris qui en vaut quatre
Tu m’as peut être vu venir aujourd’hui c’est moi le pilote sur la ligne 4

Nos deux premières étapes vont nous permettre de rendre hommage
A deux valeureux meneurs d’hommes qui tout au fond des ages
Protégèrent héroïquement et jusqu’à l’indicible
Leur patrie assiégée par l’ennemi dont ils étaient la cible
Alors arrêtons-nous un instant à la station Alésia
Et pour ce mythe avec moi recueille-toi un chouia
Souviens-toi de cet homme qui combattit César et son armée pléthorique
Et ne rendit les armes, qu’encerclé et affamé, le grand Vercingétorix

Au milieu de la place Denfert-Rochereau
Un lion colossal témoigne des exploits d’un autre héros
Qui parvint à défendre victorieusement les siens
Et sa ville de Belfort contre l’envahisseur prussien
Son exploit fut tel que pour son courage de plomb
A l’ancienne place d’Enfer on lui donna son nom
Cette place nous permet aussi une visite
Nous mutant soudainement en organisme lombric
Alors plonge avec moi et découvrons ce monde
Fait de tombes de décombres et où règnent les ombres
Prends ton temps, inspecte de fonds en comble
Et enfin succombes pour les sombres Catacombes

Maupassant Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir
Serge Gainsbourg, Georges Sand et Charles Baudelaire
La station c’est Raspail et elle nous permet d’entrevoir
L’esprit de ces poètes qui semble encore embaumer l’air
Alors errons un moment dans ce cimetière du Montparnasse
Qui nous rappelle au bon souvenir de ces génies du verbe
De toutes ces plumes sèches jadis touchées par la grâce
Qui ici c’est un comble sont encore mangées par les « vers »

Notre nouvelle halte t’oblige à un choix cornélien
Nous venons de déboucher de la Station Vavin
De ces deux fameux comptoirs il te faut choisir ton camp
Comme les Montparnos durent le faire en leurs temps
Le Dôme aux atours Art déco et ses délices de la mer
Prisé à l’époque par Claudel, Hemingway ou bien Henry Miller
Ou la Coupole et son dancing qu’affectionnait tant la Baker
Et où Giacometti, Picasso ou Dali aimèrent lever leurs verres

Nous stoppons maintenant à Montparnasse Bienvenüe
Et après avoir compris le clin d’œil pour son concepteur
Abandonne encore le métro tu ne seras déçu
Sors, lève les yeux mais rassure toi il y a un ascenseur
Qui te mènera tout droit jusqu’au « Ciel de Paris »
Ou s’offrira à toi, c’est sûr, une des plus belles vues de ta vie
           
Après un crochet par la rue de la Gaîté et ses nombreuses attractions
Ces restaurants, ces salles célèbres et son rideau de la tentation
Continuons notre périple nous amenant à St Placide
Ferme-les yeux un instant sois tranquille je suis ton guide
Pour te mener au cœur de ce parc aux riches atours
Où trône un joyau florentin, le jardin du Luxembourg
Rouvre les yeux et entame cette ballade sur cette enclave de Toscane
Oublie le macadam et flâne au milieu des ses dames sans âme
Qui t’accompagne dans ce calme voyage en pays de Cocagne
Salue la mécène de ces lieux au pied de la fontaine portant son nom puis gagne
Cette place de la mémoire où nos grands Hommes ont entamé leur dernier somme
Pendant que non loin d’autres prennent forme sur les bancs de la Sorbonne

Lâché désormais à Saint Germain-des-près
Ici, aie bien conscience de où tu mets les pieds
Car tu pénètres sur le noble et fertile terrain des germanopratins
Depuis des lustres célébrés comme le village des écrivains
Et même si le quartier a sûrement perdu de sa magie d’antan
Si les boutiques et les libraires ont disparu depuis longtemps
Contribue avec moi à faire taire les sceptiques et réfractaires
Imprègne-toi de cette atmosphère encore marquée par le sceau littéraire
Et viens voguer comme moi sur les chemins de l’inspiration
Arme-toi d’une feuille de papier et de ton plus beau crayon
Et Installe-toi à l’une des tables du légendaire café de Flore
Et lentement, avec patience, laisse donc les rimes éclorent

Envie d’un bon resto d’un verre ou d’une bonne toile
C’est alors vers Odéon que nous devons faire voile
Mais avant de profiter des atouts de ce quartier si vivant
Colonisés par l’étranger et pléthore d’étudiants
Salut un des acteurs majeur de la révolution
Et de notre patrie initiateur de la République
A l’aplomb véritable mais au destin si tragique
Erigé place de l’Odéon, reconnaissez Danton  

Ce monument que l’on distingue à peine débouchant du tunnel
Vers qui la foule s’amoncelle dans ce perpétuel rituel
Et trône solennel c’est la fontaine Saint Michel 
Elle constitue le point de départ d’une promenade essentielle
Qui nous permet d’admirer successivement
Ces lieux qui depuis toujours nous parlent tant
Passons au pied de la mystique Notre Dame 
L’une des Sept merveilles de Paname
Puis consolons l’antique Pont Neuf
Depuis peu, de ses amants, devenu veuf
Longeons le quai de Conti et ses bouquinistes
Et après un instant méditatif devant l’institut de France, en piste
Pour la traversée de la passerelle des Arts
D’où les toiles des peintres inexorablement se parent
Avant de déboucher au milieu de la cour carrée
Jetons un dernier œil sur l’Ile de la Cité
Et contemplons la majestueuse Pyramide du Louvre
Couvant fièrement ses innombrables œuvres telle une louve
Assis au milieu des sculptures du jardin des Tuileries
Considère pour finir, ce cadeau de Méhémet Ali
Dressé au beau milieu de la place de la Concorde
Là, où une avenue un brin connue, déborde

Notre nouvel arrêt sans intérêt au premier abord
A pourtant le mérite de battre des records
Alors, bravo à toi si tu t’extirpes de ses humaines ondes
Car tu es au cœur de la plus grande station du monde
Mais c’est tout de même un peu plus qu’un flipper original
Ose donc braver les dangers de la station Châtelet-les Halles
Et à toi l’accès au Louvre de la populace
Le temple du shopping, l’énorme Forum des Halles

Une énième escale par l’ancien Temple des Templiers
Ou par le Marais le nouveau quartier « gay »
N’oublions pas non plus la méconnue Porte Saint Martin
Au moment où notre périple touche à sa fin
Mais maintenant il faut penser à recueillir les souvenirs
Alors, viens avec moi, je t’emmène au marché des plaisirs
Au cœur de ce quartier de la Goutte d’or
Qui rebute certains mais crois moi ils ont bien tort
Car de Château d’eau ou du métro Gare du Nord
C’est le meilleur moyen pour remplir ta malle de trésors
Le marché Barbes c’e n’est pas que le marché aux voleurs
Ecoute et renifle c’est aussi le carrefour des couleurs
Où les mots et les étals ont un doux parfum exotique
Venus, de Chine du Maghreb ou du cœur de l’Afrique   
C’est cette France là que j’aime, cette France multiculturelle
Ou les communautés se respectent et évitent les querelles

Nous voilà à la fin de cette balade illusoire
C’est bientôt le moment de sortir les mouchoirs
Mais comme je ne veux pas te décevoir
J’enfile encore le costume de faire-valoir
Et au sortir de la station Château-Rouge
Vais te faire profiter de ce faubourg pas farouche
Où les femmes ont tombé leurs airs de Sainte-nitouche
Et dévoilent leurs atouts dans la « féerie » du Moulin Rouge
Pour finir grimpons tout en haut de ce perchoir
Au cœur de cette sacrée butte allons donc nous asseoir
Face à ce céleste panorama s’offrant à nos regards
C’est ici que j’ai choisis de te dire au revoir
Mais s’il t’est difficile de tourner la page
Je t’invite à accomplir toi-même ce voyage
Alors fonce chez ce voyagiste si décrié
Et oui je parle bien de la RATP
Prend ton ticket évite les détours
Et plonge dans les méandres de Paris et les couloirs du temps
Qui te mèneront ainsi de la porte d’Orléans

A celle… de Clignancourt

samedi 16 novembre 2013

Shining de Stanley Kubrick adapté du roman de Stephen King


Si vous suivez régulièrement Dandelion depuis sa naissance vous savez que je voue un véritable culte pour l'auteur américain Stephen King (à ce titre relisez le billet sur L'Age des Miracles de Karen Thompson Walker).

Et si vous vous intéressez aussi un tant soit peu à l'actualité littéraire vous n'avez bien sûr pas manqué que le maître de l'épouvante est pour la première fois en France cette semaine dont le point d'orgue sera une conférence/rencontre au Grand Rex le samedi 16 novembre 2013 à laquelle j'aurais le privilège d'assister parmi environ 2000 autres chanceux (promis il y aura un large billet consacré à celle-ci) et qui a pour but principal de promouvoir son nouveau roman Doctor Sleep.

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La vie de beaucoup de personnages de Stephen King reste en suspens une fois que les romans dans lesquels ils évoluent s'achèvent. Certains ne seront, au grand dam de certains fans, sans doute jamais repris par l'auteur pour de nouvelles créations. Ce ne sera pas le cas de Danny Torrance.

Stephen King avoue à demi-mot avoir décidé d'exhumer Danny Torrance, le personnage central de son nouveau roman - et l'un de ceux d'un de ces plus grands succès, Shining où Danny est le fils de Jack Torrance - de part l’insistance de certains de ces fans qui lui ont souvent demandé ce qu'était devenu Danny après avoir été sauvé in extremis de la folie de son père.

Le désir de leur répondre a finalement pris le pas sur d'autres histoires et nous allons enfin savoir ce qu'est devenu Danny.

Mais avant cela revenons un peu à l'origine du mal, à cette histoire fondatrice de l'oeuvre colossale de Stephen King qu'est Shining.

Bien entendu, avant cette conférence il me fallait bien réviser un peu. Trop de livres dans ma PAL, je n'ai pas eu le courage de me replonger dans ce roman pourtant magistral. Mais j'avais de la chance, Stephen King ayant toujours été du pain béni pour des réalisateurs en quête d’histoires à raconter et Shining étant sans doute l'adaptation la plus connu dans l'oeuvre de King, j'avais une alternative en or massif. En ressortant une vieillerie de ma DVD-thèque, je troquai donc une longue séance de relecture (mon Dieu il y a tellement de livres à lire qu'il m'est sacrilège de devoir en honorer certains une seconde fois... ) pour une séance de visionnage d'à peine deux heures..
J'avais tout de même un problème. Le Shining de Stanley Kubrick est l'une des adaptations de ces romans les plus détestées du maître qui la qualifie même de véritable trahison envers son oeuvre initiale. Alors ?

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Alors, j'ai fait fi de tout cela. Et le constat reste le même pour tous ceux et celles qui en ont aussi fait l’expérience. Ces deux œuvres - roman et adaptation - sont toutes deux des chefs d'oeuvre.
Et l'on en revient donc a cette question majeure lorsque l'on se penche sur l'adaptation cinématographique: un film peut il être parfaitement fidèle au roman/livre qu'il adapte ?
C'est bien sûr une gageure.

Shining restera un roman majeur de la littérature d'épouvante mais également un grand classique du cinéma d'horreur. Retranscrire fidèlement/littéralement 300, 500 pages en 2 ou 3 heures d'images est tout bonnement impossible. Ces deux formes artistiques sont ainsi intimement liées, se nourrissant mutuellement mais foncièrement différentes dans la manière de les aborder. Certains réalisateurs, attirés par le succès obligé de l'adaptation de Stephen King s'y sont d'ailleurs perdu par obligation de fidélité. C'est peut être cela que n'a pas supporté Stephen King: Kubrick, en ayant fait des choix très personnels quant à la façon de retranscrire cette histoire à l'écran a tellement transcendé le roman qu'il en a créé une nouvelle oeuvre, tout aussi jouissive, et ce, malgré ses "trahisons" envers le roman.

Ainsi, dans le film, Jack Nicholson mange véritablement Jack Torrance le personnage du roman de King. Il en demeure pas moins le rôle de sa vie et l'un des plus puissants du cinéma, tout genre confondu. Et combien de scènes du film de Kubrick sont restées gravées dans nos mémoires et se sont inscrites dans le panthéon du cinéma: Danny, au guidon de son tricycle d'enfant qui tombe nez à nez sur les jumelles l'invitant à venir jouer avec elles "à jamais..., à jamais..." ou encore Jack Nicholson défonçant à coup de hache la porte de la salle de bain de leur chambre pour accomplir sa mission, avec ce plan mythique -dont a été tiré l'affiche du film- ou il passe son visage terrifiant à travers l'interstice.

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J'aimerais toujours autant découvrir, avec une véritable excitation et pour autant qu'elle existent, les adaptations des livres que j'ai préférés. Pourtant, alors que je viens de ranger le DVD dans sa jaquettes il n'y a de cela que quelques heures, je ne me dis pas "Ha quel grand réalisateur ce Kubrick !" mais bien "Stephen King tu es vraiment à mes yeux un génie !".

La littérature plus forte que le cinéma ?

AL
       


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lundi 11 novembre 2013

L'invention de nos vies de Karine Tuil

Il y a des livres qui profitent d'une inespérée sélection pour un prix littéraire pour truster les premières places des Charts et enfin trouver leur public. Et il y ceux, qui dès leur sortie pendant la pré-ouverture estivale de la rentrée littéraire sortent déjà du lot. J'ai entendu parler de L'invention de nos vies de Karine Tuil bien avant sa sortie officiel le 21 août dernier. Le métier de libraire offre ce privilège de pouvoir découvrir les perles de la rentrée avant les autres. Et quand certains de ces libraires se muent en blogueur, le buzz n'est souvent pas très loin.

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Résumé de l'éditeur:

Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ?
À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration…
« Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe qu’illustre ce roman d’une puissance et d’une habileté hors du commun, où la petite histoire d’un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle.

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Avant ce livre, je ne comprenais pas bien ce qu'était la puissance lorsque l'on parlait de littérature. Avec L'invention de nos vie, je comprends désormais mieux cette notion tant j'ai reçu de "claques" à sa lecture. En partant d'un triangle amoureux - dont l'on du mal à savoir qui gagne/perd vraiment: Samuel récupérant Nina (je vais en reparler) mais ne parvenant pas à se faire publier et englué dans une modeste carrière d'animateur social dans une banlieue difficile ou Sami(r) qui la perd mais réussit une formidable carrière d'avocat outre atlantique - Karine Tuil explore, avec une écriture à la serpe des thèmes aussi nombreux que le sacrifice/mensonge nécessaires à la réussite, les moteurs de l'inspiration littéraire, la condition de la femme sex-symbol, la concurrence victimaire entre Juifs/arabes, les rapports au sexe, à l'argent, dans ce qui devient une véritable chronique de notre société. 

Karine Tuil est avec l'invention de nos vies, l'auteure de 9 romans. J'en ai donc aujourd'hui 8 à rattraper.
Rarement j'avais lu un roman avec des personnages si bien installés, si réels. Samuel, Sami(r)... et Nina qui hantera, comme les miennes, les nuits de nombreux lecteurs (lectrices ?), le livre refermé.  

"Elle est objectivement  la plus belle femme qu"il ait jamais vue, et c'est à chaque fois qu'il la regarde, fixement ou à la dérobée, la même sidération. Depuis qu'ils sont ensemble, il aurait dû s'habituer, on s'habitue à tout, mais pas à ça. C'est une grande brune aux yeux bordés de noir, aux traits fins, au corps charnu, plein. Elle a des fesses rondes et hautes, une cambrure très marquée, des jambes longues et étonnamment musclées pour une fille dont la principale activité physique est de courir dans les couloirs dur RER ou après son bus. Une femme don chaque geste électrise le moindre acte de la vie quotidienne. Regarde-la lire. Regarde-la travailler. L'observer au moment où elle entre dans une pièce ou traverse la rue est en soi une expérience érotique, non parce que Nina cherche à attirer les regards ou à se placer au centre des choses - elles est trop discrète pour cela et sans posture, sans ambiguïté - mais parce que cette plastique parfaite semble l'entraver. Elle n'est pas libre de ses mouvements ;elle ne peut pas lâcher ses cheveux, mettre un short, un débardeur un peu échancré et sortir prendre l'air. Si elle le fait, si elle investit les territoires de la spontanéité, de la sensualité, elle sera sifflée, abordée, draguée, matée, et pour une fille comme elle, aussi détachée des lois iniques de l'attraction, aussi indifférente aux rapports de séduction artificiels qu'ordonne la vie sociale, c'est insupportable. Visiblement, elle ne sait pas quoi faire de ce corps hypersexué qui aimante, magnétise, quoi qu'elle fasse, et la première pensée du prédateur qui la voit et perçoit son trouble est de la posséder. Avec un tel corps, on devrait fournir le mode d'emploi. Tant de beauté ça encage." 

 J'attends désormais avec une impatience rare, l'adaptation de L'invention de nos vies - je n'ai pas de doute sur le fait que l'inventions de nos vies deviendra très vite un film - avec la curiosité presque malsaine de savoir qui sera l'actrice choisie pour interpréter Nina.
  
Karine Tuil n'a pas eu le Goncourt. L'espérait-elle, tant certains auteurs le considèrent comme une malédiction ? Je n'en sais rien. Ce qui est sûr c'est qu'elle avait cette année deux défauts majeurs, le premier d'être une femme (lire l'article de Vanity Fair dans "liens") et le second de ne pas avoir écrit au moins une partie de son livre sur la première guerre mondiale (Le Goncourt 2013 a été décerné à Pierre Lemaitre pour Au revoir là-haut). Cela n’empêchera certainement pas à L'invention de nos vies un futur radieux dans les étals des librairies.   

AL

Liens:


- http://www.grasset.fr/Grasset/CtlPrincipal?controlerCode=CtlCatalogue&requestCode=afficherArticle&codeArticle=9782246807520

- http://www.karinetuil.com/

- http://www.vanityfair.fr/actualites/france/diaporama/110-ans-prix-goncourt-neuf-femmes-recompensees/422#110-ans-prix-goncourt-neuf-femmes-recompensees-11


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lundi 28 octobre 2013

Le Confident D'Hélène Grémillon

Si Dandelion vous a proposé depuis sa naissance quelques découvertes (L'Age des miracles de Karen Thompson Walker ou encore Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa), du moins des livres qui ont eu, en France, un peu moins de couverture médiatique que Le Confident d'Hélène Grémillion, il peut également se faire happer par la tendance et se laisser séduire par un succès de librairie ; l'activité de blogueur n'ayant pas la désagréable obligation de devoir lire et parler d'ouvrages imposés par le métier de journaliste/critique littéraire. Petit clin d’œil à l''un d'entre eux qui, s'il a la bonne idée de lire ce billet, se reconnaîtra et se souviendra d'une discussion dans laquelle il me faisait part de sa frustration de ne plus pouvoir, faute de temps, lire ses auteurs favoris. C'est peut être là qu'il faut rechercher la cause de certains papiers acerbes, emplis de haine rageuse que ces congénères pondent parfois pour des œuvres qui intrinsèquement ne le méritent pas. Le monde de l'édition n'est pas le pays des bisounours et s'ils ne devaient parler que des livres qu'ils aimaient, certains critiques auraient sans doute la nécessité de se choisir un autre défouloir ou trouverions nous, sans doute, beaucoup plus de dépendants à certaines substances antidépressives dans ce microcosme.

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Le credo de Dandelion - ce n'est pas celui, il est est vrai, de tous les blogs de littérature - mais par quel désespoir se livrent t'ils gratuitement à la vindicte ? - est de parler essentiellement (j'écorne rarement un livre, dans les deux sens du terme d'ailleurs...) des ouvrages qui m'ont enthousiasmés ; ce fut ainsi le cas pour Hélène Grémillon, l'auteure française la plus sexy du moment (aucun intérêt, mais j'assume !), enfin c'est juste Ma préférence à moioioioioioi!!!!!!!!
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Résumé de l'éditeur:

1975. Après la mort de sa mère, Camille reçoit une lettre d'un expéditeur inconnu. Puis, chaque semaine, de nouvelles lettres arrivent lui racontant une histoire débutée plus de trente ans auparavant, à l'aube de la guerre, jusqu'à la révélation d'un terrible secret qui la concerne.

Au milieu des mots de condoléances qu'elle reçoit à la mort de sa mère, Camille découvre une étrange lettre envoyée par un expéditeur inconnu. Elle croit à une erreur mais, les semaines suivantes, une nouvelle lettre arrive, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend que cette correspondance recèle un terrible secret qui la concerne.

Machination diabolique sur fond de Seconde Guerre mondiale, ce roman mêle récit historique et suspens psychologique dans un scénario implacable.
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Les écrivains du secret sont à la mode. Philippe Grimbert (Un secret - 2004) ou encore Tatiana De Rosnay (Boomerang, A Secret Kept 2009) par exemple en ont fait une spécialité. Le Confident, le premier roman d'Hélène Grémillon surfe indéniablement sur cette vague. Avec cette fiction quasi épistolaire, Hélène Grémillon entre en littérature par la grande porte, portée par un bouche à oreille initié par des libraires avisés et relayés par des blogueurs sous le charme qui en ont fait un formidable succès avec près de 350 000 exemplaires vendus essentiellement et de façon logique, somme toute, en format poche.

Comment devient-on dès son premier roman un auteur de best-seller ?
Bien évidement vous devez écrire un bon roman. Mais ce n'est pas tout. Combien de bons écrivains, auteurs de grands romans resteront à jamais dans l'oubli ?
Vous avez su séduire un grand éditeur ayant les moyens de promouvoir votre livre, vous êtes près du but. Mais vendre à plus de 100 000 exemplaires même lorsque l'on a signé chez Flammarion reste une prouesse. Alors ?
Alors, faites comme Hélène Grémillon et sachez concocter un roman qui fera parler, que vos lecteurs aurons allègrement envie de partager.
J'ai pour ma part, dévoré Le Confident. Je l'ai vraiment adoré jusqu'à ses deux dernières pages.

Hélène Grémillon a construit son premier roman comme un polar. S'il ne agit pas ici de meurtre mais d'une histoire d'amour tragique couplée à un secret de famille, Hélène Grémillon en a tout même utilisé quelques uns de ces principaux ingrédients: intrigue distillée au compte goutte au grès de lettres mystérieuses tenant en haleine le lecteur dès les première pages, un seul et même événement narré par deux personnages différents semant habilement le trouble et puis ces deux dernières pages, cette fin, largement ouverte à interprétation et qui ne cesse d'être commentée sur la blogosphère. Le livre refermé, elle ne vous donne qu'une envie: prêter/offrir/conseiller ce livre à vos ami(e)s lecteurs pour pouvoir ensuite, enfin en débattre.

[Céline dépêche-toi de le finir !]

Maintenant vous y êtes presque, il ne vous reste simplement qu'à soigner votre style, à parvenir à faire sourire certains de vos lecteurs, simplement à la lecture d'une jolie phrase:

"On ne peut pas reprocher à la vie de vous reprendre ce que vous ne regardiez plus."

"Annie a toujours fait partie de ma vie. J'avais deux ans quand elle est née, deux ans moins quelques jours et j'avais vingt ans quand elle est morte, vingt ans moins quelques jours. Si a deux ans moins quelques jours, on ne sait pas que l'on rencontre l'amour de sa vie, à vingt ans moins quelques jours, on sait quand il meurt. Et on se demande pourquoi on existe."

"J'avais envié toutes les femmes qui pleuraient ce jour-là, leur malheur était la preuve que la vie leur avait accordé le bonheur qu'elle s’obstinait à me refuser."

AL

Liens:


Hélène Grémillon présente "Le confident". par blogsdeplon


- http://parisselivre.fr/Paris_se_Livre_Montparnasse_DdPresse.html

- http://www.plon.fr/ouvrage/le-confident/9782259212519


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vendredi 11 octobre 2013

La couleur des sentiments de Tate Taylor adapté du roman de Kathryn Stockett

Dandelion se voulant aussi de parler d'adaptations cinématographiques en tout genre, il était temps que votre humble serviteur y revienne, la dernière chroniquée (La Vie d'une autre de Frédérique Deghelt adapté par Sylvie Testud) datant déjà de juillet dernier.

J'avais depuis un moment ajouté le roman La Couleur des Sentiments (The Help dans son titre original, j'imagine que vous vous dites comme moi que le titre en français est bien meilleur et puis Les Bonnes aurait pu prêter à confusion en trompant certains sur ce qu'ils escomptaient y voir ...) à ma PAL et l'occasion de visionner l'adaptation de Tate Taylor se présenta, je troquais donc deux heures lové dans le canapé au coté de ma chère et tendre contre plusieurs séances de lectures - c'est plus ici l'histoire de ces femmes de ménage noires qui décident par l'entremise d'une jeune journaliste de révéler les travers des familles blanches qui les emploient que la qualité de l'écriture de Kathryn Stockett qui m’intéressait - je le fis donc sans aucun état d’âme.

http://blowawaydandelion.blogspot.fr/
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Le synopsis du film par www.premiere.fr:

Tiré du livre phénomène en tête des meilleures ventes sur la liste du New York Times, The Help (paru en France sous le titre « La Couleur des sentiments ») raconte l’histoire de trois femmes du Mississippi dans les années 60, qui vont forger une amitié à haut risque autour d’un projet de livre secret qui va faire exploser les règles de la société et les exposer au danger. De cette alliance improbable va naître une solidarité hors du commun entre ces trois femmes, qui va leur donner le courage de dépasser les limites qui régissent leur existence, et les amener à prendre conscience que les frontières sont faites pour être franchies. Pour cela, elles iront jusqu'à mettre toute la ville face au vent du changement.
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http://blowawaydandelion.blogspot.fr/

Je plaide coupable, je suis friand de ce genre d'histoires, pleines de couleurs et de bons sentiments. Je sais que beaucoup les exècrent mais pour ma part j'adore tester ma capacité émotive grâce à elles. Quelqu'un m'a dit un jour que cette inclinaison à se sentir ému pour un roman, un film ou une situation quelconque était la marque d'une bonne santé mentale et un moyen pour le bonheur. J'en suis convaincu et j'ai ainsi passé un excellent moment pendant ces 2 heures, riant souvent et au bord des larmes parfois.

Bien évidement certains déploreront un certain manichéisme des personnages. quelques unes de ces mères blanches, incapables de changer un couche et déléguant totalement la charge de l'éducation de leurs progénitures (Elizabeth Leefolt jouée par Ahna O'Reilly) ou plus intéressées par leur rôle dans le club de bienfaisance (Hilly Holbrook interprétée par Bryce Dallas Howard) sont plus que détestables, au bord de la caricature même, et on ne peut que s'attacher à ces bonnes noires persécutées et malgré cela tenant leur rôle de véritable mère de ces enfants de riches sans la moindre once de retenue. Et pourtant, certains hommes noirs battent leur femme et une de ces filles blanches (Skeeter portée par une incroyable Emma Stone) qui en a compris bien plus que les autres mais au risque de passer pour le vilain petit canard, va se décider à mettre en lumière tout cela et faire voler en éclat tout ces vieux préceptes. Dans la Couleur des sentiments celles-ci sont plus nuancées qu'il n'y parait et c'est sans doute cela qui fait du roman de Kathryn Stockett et de l'adaptation de Tate Taylor de petits chefs d'oeuvre qui donnent envie, après coup, de lire ou relire Harper Lee, Toni Morrison et tous les grands auteurs de la ségrégation raciale.

AL



Liens:

http://www.premiere.fr/film/La-Couleur-des-sentiments-2345339


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dimanche 6 octobre 2013

C'est du lourd d'Abd Al Malik

Comme vous l'avez sans doute compris, si vous êtes un habitué, Dandelion apprécie ce nouveau genre littéraire venu des Etats-Unis, descendant de la poésie, que l'on appelle le slam. Son premier chef de file musical, Grand Corps Malade a d'ailleurs déjà eu deux fois les honneurs du blog avec son texte 4 Saisons et surtout son récit Patients.

C'est un autre représentant de cet art (car s'en est bien un, pas de doute) que je veux mettre en lumière aujourd'hui, sans doute moins poète que son acolyte et surement plus prêcheur, je veux parler d'Abd Al Malik.

http://blowawaydandelion.blogspot.fr/

Ce slameur, d'origine congolaise, passé initialement par le rap et le hip hop, ayant vécu la majeure partie de son enfance dans une cité HLM de Strasbourg, a suivi des études de philosophie (jusqu'à la licence qu'il n'achèvera pas) où ils découvre Épictète, Rimbaud, Deleuze, Sartre, Camus, Césaire ou Sénèque qui se retrouveront ça et là dans des textes aux thèmes "sérieux" (délinquance, problème d'intégration, racisme, communautarisme, pauvreté...) où il prône notamment le "vivre ensemble".

J'ai eu les pires difficulté à choisir un texte qui synthétiserait un tant soit peu son oeuvre. C'est finalement C'est du lourd qui sera mis en lumière dans ce post. Un texte mêlant des thèmes comme la pauvreté, l'écueil de l'argent facile, le racisme et son thème de prédilection, le "vivre ensemble". Un texte qui peut se lire comme une véritable nouvelle, en tout cas bien plus prolixe q'un texte de chanson classique.

C'est Du Lourd

Je m'souviens , maman qui nous a élevés toute seule, nous réveillait pour l'école quand on était gamins, elle écoutait la radio en beurrant notre pain, et puis après elle allait au travail dans le froid, la nuit, ça c'est du lourd.
Ou le père de Majid qui a travaillé toutes ces années de ses mains, dehors, qu'il neige, qu'il vente, qu'il fasse soleil, sans jamais se plaindre, ça c'est du lourd.
Et puis t'as tous ces gens qui sont venus en France parce qu'ils avaient un rêve et même si leur quotidien après il a plus ressemblé à un cauchemar, ils ont toujours su rester dignes , ils n'ont jamais basculé dans le ressentiment, ça c'est du lourd , c'est violent.
Et puis t'as tous les autres qui se lèvent comme ça, tard dans la journée, qui se grattent les bourses, je parle des deux, celles qui font référence aux thunes, du genre "la fin justifie les moyens" et celles qui font référence aux filles, celles avec lesquelles ils essaient de voir si y'a moyen, ça c'est pas du lourd .
Les mecs qui jouent les choses zerma devant les blocs deal, un peu de coke, de temps en temps un peu de ke-cra (crack) et disent « je connais la vie moi monsieur ! », alors qu'ils connaissent rien, ça c'est pas du lourd.
Moi je pense à celui qui se bat pour faire le bien, qu'a mis sa meuf enceinte, qui lui dit j't'aime, je vais assumer, c'est rien, c'est bien, qui va taffer des fois même pour un salaire de misère, mais le loyer qu'il va payer, la bouffe qu'il va ramener à la baraque, frère, ça sera avec de l'argent honnête, avec de l'argent propre, ça c'est du lourd.
Je pense aussi à ces filles qu'on a regardé de travers parce qu'elles venaient de cités, qu'ont montré à coup de ténacité, de force, d'intelligence, d'indépendance, qu'elles pouvaient faire quelque chose de leur vie, qu'elles pouvaient faire ce qu'elles voulaient de leur vie, ça c'est du lourd.
Mais t'as le bourgeois aussi, genre emprunté, mais attention je n'généralise pas, je dis pas que tous les bourgeois sont condescendants, paternalistes ou totalement imbus de leur personne, je veux juste dire qu'il y a des gens qui comprennent pas, qui croient qu'être français c'est une religion, une couleur de peau, ou l'épaisseur d'un portefeuille en croco, ça c'est bête , c'est pas du lourd , c'est...
La France elle est belle, tu le sais en vrai, la France on l'aime, y'a qu'à voir quand on retourne au bled, la France elle est belle, regarde tous ces beaux visages qui s'entremêlent.
Et quand t'insultes ce pays, quand t'insultes ton pays, en fait tu t'insultes toi-même, il faut qu'on se lève, faut qu'on se batte dans l'ensemble, rien à faire de ces mecs qui disent "vous jouez un rôle ou vous rêvez", ces haineux qui disent "vous allez vous réveiller", parce que si on est arrivé, si on est arrivé à faire front avec nos différences, sous une seule bannière, comme un seul peuple, comme un seul homme, ils diront quoi tous ?
C'est du lourd, du lourd, un truc de malade…